on le pense, alors on le dit !

on le pense, alors on le dit !

Rapport Pisani-Ferry : vers une démocratie de la confiance ? par Hervé Chaygneaud-Dupuy

 

Enervant ce rapport ! Des intuitions fortes sur la primauté de la question démocratique sont gâchées par une approche extrêmement classique de la croissance avec seulement des ajustements à la marge en matière d’environnement. Résultat : l’appel à une « démocratie de la confiance », auquel je souscris pleinement, ne trace pas réellement les perspectives d’un modèle démocratique renouvelé.

 

Un coup pour rien ? Peut-être pas…

                                                                                                                                                                

                                                                                                                                                             Pour lire plus

 

 

Rien de très neuf donc, sur le fond, dans le rapport du commissaire général à la stratégie et à la prospective, Jean Pisani-Ferry. Le rapport intermédiaire le laissait déjà craindre, avec cette obsession de retrouver la croissance comme seule manière de sortir de la crise sans un mot ou presque sur la transition écologique. Le rapport remis le 25 juin ne fait plus l’impasse mais continue à considérer la question environnementale comme une contrainte à prendre en compte plutôt que comme le point de départ d’un nouveau modèle. Je trouve symptomatique que l’évocation de l’économie collaborative soit faite dans le chapitre… qui ne parle pas d’économie ! La dernière phrase, signalée par moi en gras, indique bien que les liens ne sont pas faits entre démocratie et économie. Or c’est par des liens assumés et promus que la croissance changera de sens, et pas seulement par un appel à une économie sobre en carbone !

 

 

Cette évolution de l’engagement traduit une nouvelle quête de lien social. Elle conduit aussi à l’émergence de modes alternatifs de consommation et de production, liés à l’essor des réseaux sociaux et qui traduisent un engagement éthique. En cela, elle permet le développement d’une nouvelle économie, qui rend plus poreuse la frontière entre l’engagement solidaire et l’économie. Par exemple, l’« économie collaborative » repose sur le partage ou la location d’un bien ou d’un service (covoiturage, partage de locaux, etc.), sur le recyclage (vente d’objets d’occasion) ou sur le financement participatif (prêts entre particuliers, etc.). À dix ans, cette tendance devrait continuer à s’amplifier, ce qui rend d’autant plus urgent d’évaluer les retombées socioéconomiques et environnementales de ces comportements.

 

 

Pour qu’économie et démocratie interagissent vraiment, il s’agit moins de lancer une évaluation que de réorienter radicalement l’innovation, que le rapport considère à juste titre comme la clé de la croissance. Mais elle reste centrée sur l’industrie et la technologie, comme dans le modèle actuel. Toujours pas de financement pour l’innovation sociale à la hauteur des enjeux. Ce n’est pourtant pas une mince affaire que de réorienter massivement les activités humaines vers des activités qui développent le pouvoir d’agir plus que le pouvoir d’achat !

 

 

Venons-en à ce qui constitue pour moi le point le plus neuf du rapport : son appel à une démocratie de la confiance. Voici quelques extraits du rapport. Je trouve intéressant de reprendre les mots même de l’auteur.

 

 

Depuis un quart de siècle, les gouvernants se sont attachés à moderniser la France à petits pas, en bornant le rythme et l’ampleur de leurs initiatives à ce qu’ils jugeaient acceptable pour le corps social.

L’efficacité fait défaut lorsque les corrections sont trop partielles pour fixer des principes pérennes susceptibles d’être intériorisés par les agents économiques et sociaux et de guider leurs anticipations.

La France a besoin d’une méthode de réforme qui dépasse l’alternative entre une circonspection paralysante et un radicalisme oublieux des exigences de la démocratie politique et sociale.

 

 

Hum… formule apparemment pleine de bon sens, mais cette manière de déconsidérer toute forme de radicalité au prétexte qu’elle ne pourrait être qu’un passage en force est le signe d’un conservatisme à la Tancrède « tout changer pour que rien ne change » !

 

Poursuivons cependant le fil du raisonnement de Pisani-Ferry. Le point suivant est clé et j’y souscris sans réserve :

 

Il ne va pas de soi qu’il faille donner une réponse politique à des dysfonctionnements économiques, à des souffrances sociales et à un malaise de la société. L’anémie de la croissance et le niveau élevé du chômage semblent d’abord appeler des réponses directes, au point que certains pourraient considérer tout investissement dans des réformes institutionnelles comme une sorte de distraction à l’égard des priorités essentielles. Ignorer la dimension politique de la crise que nous traversons serait cependant une erreur.

La France est tiraillée par le doute et les forces centrifuges, il est primordial de ressouder son unité sur les valeurs qui fondent son pacte républicain et de retrouver confiance dans les institutions politiques qui forment l’armature de sa démocratie. C’est donc bien à une réforme de notre démocratie qu’il nous faut aujourd’hui procéder pour renouer les fils de notre confiance dans l’avenir en réhabilitant le politique.

 

 

Trois leviers d’action doivent être mobilisés à cette fin :

  • celui des institutions, dans le but de revivifier la démocratie représentative, en permettant un renouvellement des élites, en simplifiant la structure de l’exécutif et en clarifiant fortement l’articulation entre la loi et le règlement ;
  • celui de l’organisation des pouvoirs, à tous les échelons, afin qu’ils soient plus responsables et plus transparents, ce qui implique en particulier une vigoureuse reconfiguration de la carte et des strates de notre démocratie locale ;
  • celui de la société civile, avec une meilleure articulation entre la loi et la démocratie sociale, la promotion de l’engagement citoyen, au travers de l’essor des pratiques participatives et d’une meilleure reconnaissance de l’engagement bénévole et associatif.

 

 

Hélas, ces trois leviers ne sont pas à même de « réformer la démocratie » ! Au mieux peuvent-ils éviter ses dérives les plus criantes. Les leviers imaginés ne touchent qu’à l’organisation des pouvoirs publics. Même le troisième – promouvoir l’engagement citoyen et social – manque cruellement de consistance. Il semble avoir été écrit pour délimiter les rôles de chacun : pouvoirs publics, partenaires sociaux, associations et citoyens. Aucune idée neuve pour développer le pouvoir d’agir dans la société et faciliter la constitution d’alliances locales au service du bien commun.

 

 

On comprend cette posture finalement conservatrice en lisant ce paragraphe, peu commenté, qui justifie pour l’auteur le choix de mettre la question démocratique en tête du rapport

 

Les institutions, c’est ce qui fait la force des nations. Historiens, économistes et politologues soulignent qu’en définitive, ce n’est pas en raison de ses richesses matérielles ou même du niveau d’éducation de sa population que tel pays connaît la prospérité tandis que tel autre s’enferme dans le sous-développement, mais bien plutôt à cause de la qualité de leurs institutions respectives. L’expérience montre que si celles-ci promeuvent la confiance, la coopération et l’initiative, il est possible, en quelques décennies, de passer de l’extrême pauvreté à un statut d’économie avancée. Malheureusement, il est également possible de faire le chemin inverse.

 

 

La clé est là : toute la réflexion est centrée sur les institutions. Or le mot même d’institution est significatif : il vient du latin stare qui signifie être debout, être immobile, demeurer ferme, tenir. Ce qui devrait être central, c’est ce qui est ENTRE les institutions : les liens, les alliances, le jeu (au sens du mouvement permis quand une articulation n’est pas fixe)…

Le rapport en appelle au débat et à l’expérimentation plutôt qu’à l’application de mesures prêtes à l’emploi. Là, on ne peut qu’être d’accord ! Oui débattons et expérimentons ! et surtout montrons que les Français sont beaucoup plus capables d’invention que ce qui ressort de ces lignes si peu différentes au fond de celles qui les ont précédées dans les rapports Attali, Balladur, Jospin,…

 

Le seul moyen de voir si les Français ont une réelle capacité à penser la démocratie… c’est de leur en donner l’occasion. Le G1000, l’assemblée de citoyens tirés au sort (que nous préparons désormais activement avec Patrice Levallois et la petite équipe réunie autour du projet) pourra être cette occasion. Rendez-vous en septembre pour le lancement !

 

 

Pour aller plus loin, retrouvez les réflexions d'Hervé Chaygneaud-Dupuy sur son blog persopolitique.fr
Voir plus

Collectivités et citoyens : reprendre la main ! par Didier Chateau

 

Des premières chartes environnement aux Agendas XXI, de la gestion énergétique du patrimoine aux plans climat territoriaux, des premiers kilomètres de pistes cyclables au développement des services de mobilité, les collectivités ont engagé leurs territoires sur la voie de la transition écologique.

 

Malgré ce chemin parcouru, un même constat émerge aujourd’hui : les habitants, citoyens, usagers demeurent trop peu nombreux à partager ces enjeux. Et la crise renforce le repli sur les préoccupations de court terme, légitimes, mais qui ne permettent pas de continuer à nourrir le récit de notre histoire commune.

 

                                                                                                                                                              pour lire plus

 

 

De notre  expérience acquise, trois éléments nous semblent fondamentaux pour amorcer une autre étape dans la conduite de ces politiques territoriales :

 

  • Dépasser les approches technocratiques et mieux partager les enjeux d’un développement plus durable

 

Loin de nous l’idée de dévaloriser les différents plans et programmes conduits par les collectivités, qui ont le mérite d’avoir initié les élus et les services à des sujets souvent complexes, et engagé les collectivités dans des actions structurantes. Pour autant, le plus « beau » plan climat, le plus performant bâtiment HQE, le plus « bel » écoquartier ne peuvent donner plus que ce qu’ils ont : ce sont  bien  les habitants, les usagers et leurs pratiques qui sont au cœur de leur réussite. Donner davantage de visibilité, permettre une meilleure compréhension de tous ces plans, déchets, climat, énergie, mobilité qui, trop souvent, se superposent, passe par une politique ambitieuse de communication. Au-delà du travail transversal à conduire par les services, les moyens de communiquer nombreux et variés  permettent de se dégager d’une approche réservée aux initiés et parfois teintée de culpabilité et de catastrophisme. Le durable est désirable, apprenons à jouer ensemble au jeu du futur, à imaginer les possibles, en construisant un rapport avec le citoyen fondé sur l’écoute et la coopération. Parier sur leur créativité, leurs envies de projets pour redonner des perspectives d’avenir, c’est possible !

 

  • Mobiliser les acteurs du territoire

 

L’animation, c’est le nouveau métier  des collectivités ! Animer les acteurs du territoire, qu’ils soient citoyens, entreprises ou acteurs publics ne se restreint pas à une  « réunionite aigüe ! » Les nouvelles technologies, mises au service d’une volonté d’accompagner les acteurs, offrent aujourd’hui des perspectives collaboratives enrichissantes pour peu qu’elles s’inscrivent dans un dispositif d’accompagnement humain réfléchi et structuré. Combien de chargé(e)s de mission les collectivités financent-elles aujourd’hui ? Des centaines, des milliers … qui sont autant de relais précieux des politiques engagées.  Les former, partager des objectifs communs comme les exigences liés aux choix politiques des élus devient un enjeu en soi à l’heure où les budgets se contractent et où les « frais de fonctionnement » sont jugés moins productifs.

 

Mobiliser les citoyens, les entreprises constitue un second enjeu pour éviter l’essoufflement. C’est particulièrement vrai pour les plans énergie climat territoriaux ou les plans de prévention des déchets. L’évolution des comportements, des pratiques des citoyens usagers prennent le pas sur l’approche technique, sans pour autant l’exclure bien sûr. Oser cette mobilisation est incontournable pour réussir, et c’est possible !

 

  • Faire aussi du développement, pas seulement de l’environnement

 

Les études qui témoignent du potentiel des projets de développement durable en termes de création, d’enrichissement et d’enracinement territorial des emplois, sont nombreuses. Mais comme Saint Thomas, chacun voudrait le voir près de chez lui pour le croire. Créer des synergies entre collectivités et entreprises autour de projets d’économie de fonctionnalité, lancer des appels à projets dans le domaine de l’écoconception,  faciliter le développement de services de réparation, de réutilisation ou simplement soutenir des projets à caractère coopératif, sont autant de possibilités de donner un nouvel élan aux programmes de développement durable. Le travail réalisé par Synergence avec de grandes enseignes internationales démontre la pertinence des collaborations entre collectivités et entreprises, au bénéfice d’un développement plus durable et profitable aux territoires.

 

Communiquer pour mieux partager, animer pour mieux mobiliser, coopérer pour créer de la valeur ajoutée « durable » : trois clés pour continuer à innover, trois pistes pour dessiner les modèles de demain … trois façons de reprendre en main sa destinée au moment même où le récit de notre histoire collective semble en panne de futurs. 


 

Voir plus

Réussir l’entreprise citoyenne par Didier Livio


Revenir à la définition ontologique de l’entreprise, telle que nous l’avions formulée au CJD

 

Quand la confusion s’installe entre RSE et Développement durable, que le doute sur la sincérité de l’entreprise s’insinue (greenwashing, tromperies  alimentaires, hubris des dirigeants,etc), il est utile de revenir à la notion d’entreprise citoyenne, telle qu’esquissée il y a 20 ans au CJD.

Pourquoi ? Parce que l'entreprise et plus globalement l'économie doivent  se réconcilier avec la Société et redevenir des outils au service de l'humanité.

 

                                                                                                                                                              pour lire plus

 

 

Nous avions choisi une définition volontairement très éloignée de la vulgate (l’entreprise est une organisation économique de production de richesses en vue de dégager du profit). L'entreprise citoyenne c'est :

 

  • Un groupe d’hommes et de femmes
  • Réunis dans un projet commun
  • Pour créer des liens sociaux (ex une entreprise peut produire des téléphones, mais la finalité est bien de permettre à des personnes distantes de communiquer)
  • Par l’intermédiaire d’une production de biens et services
  • Dans des contraintes économiques et sociales (le profit étant une contrainte économique)
  • En interaction avec l’environnement à la fois local et global

 

Dans ce sens l’entreprise est une institution et non une simple organisation humaine. Dire que l'entreprise est une institution c'est dire qu'elle a une responsabilité vis-à-vis de la Société qui va au-delà de la production de richesses économiques.

 

C'est donc dire aussi qu’elle est politique, au sens où elle contribue à la vie et à la construction des Sociétés qui l’hébergent.

 

Comment parvenir enfin à cela, au-delà de l'économie sociale et solidaire, au cœur de l'économie classique ?

 

Et si la financiarisation de l’économie n’était qu’une parenthèse ?

 

 

Cette vision de l’entreprise a été niée par la rupture qu’a introduite la financiarisation de l’économie en faisant du profit – et d’un profit maximisé – la seule justification de l’entreprise.

 

Pour autant des transformations sont en cours qui peuvent ramener l’entreprise vers cette approche de l’entreprise citoyenne.

 

Ce sont à ce stade des signaux faibles, mais ils sont nombreux et convergents. Citons-en quelques–uns, en désordre…

  • Le début de relocalisation
  • Le développement de la consommation collaborative
  • Le dialogue avec les parties prenantes qui va jusqu’à des concertations poussées
  • Les nouveaux modèles économiques explorés par des entreprises souvent avec des partenaires sur des territoires : fonctionnalité, circularité, écoconception …
  • La norme ISO 26000
  • Les démarches de responsabilité sociétale RSE, quand elles vont au-delà du reporting
  • Les pratiques de DD, lorsqu’elles conduisent à la transformation du modèle économique
  • Le développement des partenariats (les PPP malgré certains abus,  …)
  • La diversification des statuts d’entreprise (les SCIC en France, les flexible purpose corporations de Californie,…) ou des applications coopératives de vieux statuts (la gestion des franchisés de McDonald’s)

 

L’objectif est de s’appuyer sur ces signaux faibles, de leur donner plus de force et de cohérence afin qu’une alternative à l’entreprise financiarisée, à seule finalité économique, ne soit plus une utopie ou une perspective lointaine. Je pense que la transformation est déjà amorcée et qu’elle peut être accélérée.

 

Quelles perspectives tracer à partir de ces prémices ?

 

Il y a quatre grands chantiers, à mener de front. Ils sont tous également importants. Voici les résultats – ambitieux ! – vers lesquels il faudrait tendre :

 

  1. Faire évoluer le droit des sociétés et la gouvernance de l’Entreprise

 

D'un droit des sociétés qui rend confus le contrat moral entre les parties prenantes… à un droit et une comptabilité de l'Entreprise qui respectent chacun à sa juste place en permettant  un juste partage de la valeur ajoutée.

 

Nous héritons d'un droit des sociétés issu du XIXe siècle, à un moment où l'homme était interchangeable derrière la machine, et où seul l'apport de capitaux permettait de construire les plus-values industrielles. Depuis, le monde a changé et la construction de la valeur ajoutée est d'origine multiple. Elle est toujours, dans tous les secteurs d'activité le fruit d'une dynamique complexe entre apports de capitaux, richesses de la communauté de travail, dynamique vertueuse avec toutes les parties prenantes externes, richesse du tissu social et administratif, performances du système éducatif, etc.

 

Cette situation nous conduit à devoir distinguer l'Entreprise de la société de capitaux. La société de capitaux doit rester le lieu de réunion des actionnaires et la comptabilité des sociétés comme son nom l'indique doit continuer d'évaluer le bénéfice et la performance des capitaux investis. L'Entreprise, c'est le projet entre toutes les parties. Pour réussir cela il faudra un droit de l'entreprise et une comptabilité de l'entreprise qui devra mesurer la valeur ajoutée produite par la dynamique de toutes les parties prenantes, en première place bien sûr la dynamique entre la communauté des actionnaires à la communauté de travail.

 

On aboutit à une gouvernance de l’entreprise qui l’amène à  intégrer ses parties prenantes dans sa prise de décision et dans la répartition de la valeur créée. Un contrat d’entreprise réunit les parties prenantes (apporteurs de capitaux, apporteurs de travail, et autres parties prenantes selon le secteur d'activité). Une comptabilité intègre les externalités pour que la valeur ajoutée prenne bien en compte les coûts environnementaux et sociaux.

 

  1. Repenser les modèles économiques dans une perspective de développement durable

 

De l’environnement pris en compte comme une contrainte …  à la préservation des ressources comme fondement du cycle économique

 

Face à la raréfaction des ressources, même les plus banales comme le cuivre et le fer, des entreprises industrielles se réinventent en restant propriétaires de leurs matières premières. Pour cela elles revoient leurs process de production et de commercialisation. Elles vendent l’usage de produits dont elles restent propriétaires. Puisque ce sont elles qui sont propriétaires des biens, elles limitent l’obsolescence et facilitent le recyclage. Les consommateurs au lieu d’accumuler des biens choisissent les services adaptés à leurs envies du moment et développent des pratiques de consommation beaucoup plus collaboratives. Les technologies de la communication facilitent considérablement cette logique d’accès dans la mobilité, dans la gestion des bâtiments mais aussi pour des équipements aussi quotidiens que de l’électroménager (SEB lance une expérimentation à l'échelle de 250 000 habitants, en ce sens). Cette interaction nouvelle  entre économie de fonctionnalité et économie circulaire impose la conception de nouveaux modèles marketing et industriel au profit d'une nouvelle croissance sobre en ressources, riche socialement et fondée sur de nouvelles relations clients plus à long terme. Inventer ces nouveaux modèles économiques suppose une créativité qui fait défaut aujourd'hui dans les entreprises, faute d'une gouvernance plus coopérative. Faire exister l'entreprise en droit accélérera ce processus de créativité.

 

  1. Refonder le management

 

De l’humain vu comme une ressource à gérer … à un travail réellement émancipateur facteur de créativité et de coopération.

 

L’entreprise ne peut plus être qu’un lieu de performance, plus exactement cette performance doit être composée avec les réalités humaines dans leur variété.

 

L’essentiel réside dans la capacité des managers à voir les chemins qui s’ouvrent aux personnes, de percevoir les dynamiques qui leur permettent de progresser. Parfois cela peut consister à « pousser » quelqu’un à aller dans une direction dont il ne voyait pas l’opportunité mais dont le responsable sent qu’elle peut révéler un potentiel peu mis en valeur. A d’autres moments, ce sera au contraire d’accepter de se laisser déranger par une attente d’un salarié qui présente une requête réellement utile à son projet personnel, même si ça va à l’encontre de ce qu’on avait imaginé. Agir durablement, c’est agir avec les personnes et donc accepter que le chemin ne soit pas linéaire. Les nouveaux managers devront être à la fois animateurs, au sens de rendre les autres auteurs, médiateurs pour dénouer au fil de l'eau les multiples situations conflictuelles qui résultent de la recherche de la coopération et de la créativité, et éducateurs pour accompagner chacun dans son parcours personnel. Cette évolution managériale est essentielle car toutes les entreprises qui échouent dans une perspective de développement durable cherchent des petits compromis entre l'environnement, social et l'économique. Alors que toutes celles qui réussissent cherchent par la créativité et la coopération à répondre à la fois et pleinement à la logique économique, à la logique sociale, à la logique environnementale. Ces nouvelles formes de management joueront donc un rôle essentiel dans la transformation des relations entre l'entreprise et la Société.

 

 

  1. De nouvelles relations au territoire

 

D’une entreprise considérée comme une principauté autonome … à la vision d’une entreprise intégrée au territoire

 

L’entreprise n’est plus le centre de la vie sociale mais elle doit apprendre à composer avec la Société dans laquelle elle baigne. En ce sens, on peut reprendre la formule de Pierre Calame qui affirme que l’entreprise ne sera pas l’acteur dominant du XXIème siècle, mais que ce seront à la fois le territoire et la filière. La filière, ce sont les entreprises reliées les unes aux autres autour d’une famille de produits incluant les questions de consommation et de recyclage ; le territoire étant le système de relations qui localement permet d’assurer que les entreprises s’insèrent bien dans les démarches de respect de l’environnement et de solidarité. Cette évolution, compatible avec la réduction des moyens des collectivités locales devra conduire à des pratiques publiques territoriales nouvelles qui sauront réussir dans tous les domaines l'alliance des énergies publiques et privées. C'est sans doute  aux collectivités locales d'enclencher le mouvement car la culture dans les entreprises n'est pas encore cela aujourd'hui.

 

 

Quatre réformes majeures urgentes à engager :

  • Faire exister l'entreprise en droit et concevoir une comptabilité de l'entreprise distincte de celles des sociétés.

 

  • Refonder l'enseignement du management, en dehors des courants anglo-saxons actuels, pour générer une capacité massive à concevoir et à mettre en œuvre de nouveaux modèles économiques et de nouveaux modèles managériaux.

 

  • Imposer, au nom de la raréfaction financière des ressources des collectivités locales, une dynamique public-privé de conception coopérative des projets territoriaux et de leur financement.

 

  • Réformer la fiscalité. Substituer les différentes fiscalités sociales par de nouvelles fiscalités environnementales. Mettre en place une fiscalité mondiale sur les transactions financières. Mettre en œuvre de nouveaux modes de redistribution des richesses puisque celle-ci ne passe plus majoritairement par le travail et le salariat, avec des mécanismes comme celui du revenu d'existence.

 

Ainsi, il est sans doute possible de réassujettir la finance à l'économie, et l'économie au service de l'humanité.

 

 

 

Ce texte a été rédigé par Didier Livio dans le cadre de l'Université de rentrée du Rassemblement Citoyen, les 5 et 6 octobre 2013

Voir plus


Nous sommes tous charlie

J'ai beaucoup hésité à écrire ce mot car je ne mélange pas les lieux, les moments et les sujets, et notamment les moments de la vie publique ou politique avec ceux de l'entreprise.

Je ne l'ai fait qu'une fois, le 18 ou le 19 septembre 1992, deux ou trois jours avant le référendum historique pour le traité de Maastricht, à la demande d'une grande majorité des collaborateurs de l'époque qui voulaient que nous ayons un débat ouvert sur cette question et que je m'exprime personnellement.

 

Ce 8 janvier 2015 à midi, comme l'a proposé le Président de la République, j'observerai cette minute de silence au nom de la liberté d'expression qui est à défendre, mais pas d'abord pour cela.

 

Je le ferai au nom de la fraternité, car la liberté m'importe bien sûr, comme l'égalité, mais ces deux valeurs ne sont rien sans l'ambition de fraternité qui à la fois les contient dans leur dérive potentielle, et les sublime.

 

Pour moi, c'est d'abord la fraternité qui a été attaquée.
La fraternité qui nous unit dans la république française au-delà de toutes nos origines et de toutes nos croyances, mais pas encore assez.

 

Mon voeu le plus cher est que grâce à cet événement, nous sachions en France, construire plus encore qu'aujourd'hui et de façon structurelle et pérenne la vie fraternelle à laquelle je crois que nous aspirons tous.
Ce serait la plus belle réponse qui soit à l'acte commis envers Charlie Hebdo par des individus qui se revendiquent d'une religion qu'ils ne connaissent pas et qu'ils trahissent dans sa douceur, son ouverture et sa tolérance.

 

Fraternellement,
Didier Livio

 
Voir plus

​​

Si vous voulez comprendre pourquoi les collaborateurs de Synergence se réfèrent aux 3 P* ou au HIOR**, n’hésitez plus, commandez cet ouvrage qui sait être pratique sans tomber dans les recettes managériales !


Pour en savoir plus, cliquez ici